vendredi 5 décembre 2014

Sans Lactose d'isabelle Boulanger ©Frédéric Chais


 Il existe une frontière poétique en photographie.
C'est là où le sujet défini, signe d'une sémantique visuelle, se dissout au profit de la trace, cher  héritage de Roland Brathes. 
Au même registre que son inversion pour la maîtrise impersonnelle du savoir, au profit d'un espace de réflexion théorique construit à partir de l'espace émotionnelle, souvent subjectif, l'image glisse vers l'indéfini, ou le sens ouvert à notre propre interprétation.
Libre à nous de projeter nos souvenirs émotionnels, de nous laisser gagner par les possibles de l'esquisse. Libre à nous de goûter à la volupté créative permise par l'espace libre de la perte.
 
Sans Lactose d'isabelle Boulanger ©Frédéric Chais
 Le sens originale se perd dans l'oubli de l'image, pour ne garder que la proposition, la suggestion d'une tentative vaine. Nous pouvons construire, comme on le fait avec le sacré d'une silhouette sur la paroi  d'une grotte préhistorique. Nous pouvons nous laisser emporter par la sémantique d'un éclat, détail qui viendra envouter notre mémoire personnelle, permettant une réappropriation, ou peut-être même l’annexion d'un territoire nouveau dans notre vie.

Sans Lactose d'isabelle Boulanger ©Frédéric Chais
C'est dans la frontière, la limite entre deux états - passage fragile entre le réel qui s'enfuit et l'imperfection visuelle - que la poésie peut se construire, ou tout du moins, se proposer. C'est dans l'incapacité du langage photographique, que peut se donner à voir une autre facette de l'émotion.
12-2014