vendredi 5 décembre 2014

Sans Lactose d'isabelle Boulanger ©Frédéric Chais


 Il existe une frontière poétique en photographie.
C'est là où le sujet défini, signe d'une sémantique visuelle, se dissout au profit de la trace, cher  héritage de Roland Brathes. 
Au même registre que son inversion pour la maîtrise impersonnelle du savoir, au profit d'un espace de réflexion théorique construit à partir de l'espace émotionnelle, souvent subjectif, l'image glisse vers l'indéfini, ou le sens ouvert à notre propre interprétation.
Libre à nous de projeter nos souvenirs émotionnels, de nous laisser gagner par les possibles de l'esquisse. Libre à nous de goûter à la volupté créative permise par l'espace libre de la perte.
 
Sans Lactose d'isabelle Boulanger ©Frédéric Chais
 Le sens originale se perd dans l'oubli de l'image, pour ne garder que la proposition, la suggestion d'une tentative vaine. Nous pouvons construire, comme on le fait avec le sacré d'une silhouette sur la paroi  d'une grotte préhistorique. Nous pouvons nous laisser emporter par la sémantique d'un éclat, détail qui viendra envouter notre mémoire personnelle, permettant une réappropriation, ou peut-être même l’annexion d'un territoire nouveau dans notre vie.

Sans Lactose d'isabelle Boulanger ©Frédéric Chais
C'est dans la frontière, la limite entre deux états - passage fragile entre le réel qui s'enfuit et l'imperfection visuelle - que la poésie peut se construire, ou tout du moins, se proposer. C'est dans l'incapacité du langage photographique, que peut se donner à voir une autre facette de l'émotion.
12-2014

mercredi 26 novembre 2014

Matin d'Automne, souvenir d'été, pensées pour l'hiver.



Panoramique automatique sans degré. Rue de Montréal


Nous vivons dans un monde de surproduction d'images, laquelle traduit une névrose sociale grandissante, poussant à la perte d'identité propre au profit d'une identité numérique multiple.
 Les images de notre vie, qui s'affichent quotidiennement dans un double espoir de reconnaissance et de création d'une mythologie personnelle, ne sont en fait qu'une tentative pour saisir l'instant présent, ne pas passer à coté de l'acte de vivre.
Sans référence, pris dans le tourbillon des dictats sociaux, nous sombrons dans la voie du Mouton, faite de la croyance que la masse ne peut faire fausse route, cherchant dans le quotidien l’exceptionnel qui ferait de nous l’exception remarquable.  
Trop occupés à produire ce calque de vie, nous réduisons au simple média l'expérience du vivant, orientant même parfois nos choix en fonction du résultat désiré. 



Panoramique automatique sans degré. Bv st joseph




La prochaine journée mondiale sera une journée sans images, où il nous faudra réapprendre à sentir, ressentir la vie en nous et la profondeur de chaque instant. Comme si un silence visuel devenait nécessaire, pour offrir à notre regard cette respiration du simple réel.
Les conservateurs du numérique chercheront en vain quels serveurs condamner, quels octets effacer ou quels journaux intimes étaler au grand jour ; ils patrimonialiseront pour en faire la trace de ce que nous avons été.  
Des accros à l'image qui recherchent encore et encore des liens, des collectionneurs de likes,  des obsédés de chat.
Nous perdons - dans la masse d'images et sa redondance visuel - le sens, laissant l’essence se diluer dans un océan virtuel d'une représentation de nos vies.